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Australie : derniers runs
ajouté le 26/09/2008

Sur l'ensemble des spots visités, Boronia point, Bowens creek, Diamond falls, Centennial glen, et shippley upper, les murs de nature calcaire ne sont que légèrement dévers. Ils sont pourtant physiques et bien technique.

En main, il faut négocier des réglettes à distance, la plupart du temps sans inter. Perso, je n'ai pas une culture de l'arquée. Très jeune, je me suis habituée aux tendus, ce que je trouvais bien moins traumatisant. Ce principe gestuel de préhension m'a emmené suffisamment loin, pour y trouver à présent une forme de relâchement bien économique. Ici, compte tenu d'une progression sur arquées systématiques, je peux leur alterner des tendus. Il reste qu'en pied, je découvre plus particulièrement une adhérence à plat, plus qu'une adhérence de forme, de type cupule ou bossette comme par chez nous.

La surface de ces murs offre un contact abrasif fait d'un grain très râpeux. En chargeant les pieds bien à plat, on se retrouve à tenir des préhensions parfois presque inexistante, jusqu'à fermer le bras, parfois même jusqu'à l'enroulement du corps. Ma perplexité dans les premières voies a fait place au plaisir qui résulte de la surprise répétée d'un geste initié par de l'audace, qui se termine par de l'assurance. Cependant, la répétition presque systématique de ce principe gestuel engage dans une filière physique et rési, car cette progression impose un rythme soutenu et continu où les repos sont limités, voir impossibles. Mais bon, les lignes ne font que 20 à 25m et la lecture est assez simpliste vu la répartition parcimonieuse des réglettes.

Finalement, je me suis bien approprié cette manière de progresser et suis contente de m'être enrichie de cette nouvelle expérience. Elle reste typique de ces quelques falaises des Blue Mountain, mais je ne craindrais pas de l'engager dans d'autres sections exigeantes sur nos calcaires de l'hexagone.

Avec des températures toujours aussi fraîches et une météo de saison hivernale, je n'aurais croité que quelques autres 7c à 8a+, certes très jolis comme Mr Univers ou Super Duper Goo ou encore Don't beleive the trip ou Navel aviator? mais loin de ma faim. Ceci dit, je ne serais pas étonnée que la cotation soit plutôt sévère au pays du koala. Une demi cote me parait bien raisonnable pour être dans un standard déjà exigent. Voilou, au bilan sportif, j'ai faim, non pas des nouilles dont on se gave, non plus des projets de grandes voies que j'espérais partager avec vainvain, mais j'ai simplement une faim inassouvie de quelques voies majeures qui se distinguent pour en garder un souvenir durable.

Il me restera une satisfaction globale, faite d'un dépaysement à l'antipode, de bons moments entre copains sympas, de belles falaises sur lesquelles, si vainvain n'était pas vainvain, nous n'aurions peut-être même pas réalisé le peu auquel nous nous sommes accrochés. Sylvain est un complice unique, motivant, et d'une simplicité qui accompagne et porte l'envie de grimper, même les jours déraisonnablement mauvais.

Au titre des singularités conviviales du voyage, l'Australie comporte en pleine nature, des aménagements touristiques simples : tables, bancs, abris de pique-nique, emplacement de bivouac-campement. On les trouve parfois même au centre d'un parc naturel.

A 1h de route au sud de Sydney, nous nous sommes arrêtés sur une aire aménagée, exempte d'interdits. Nous y avons installé nos tentes au son du ressac de l'océan, isolés, loin de toute civilisation, la tête en bas, de l'autre côté de la planète. De nuit, curieuse de toucher symboliquement l'eau du bout du monde, j'avance en aveugle sur la plage. Au bout de quelques pas, je suis étonnée d'avancer au rythme d'un « krouich, krouik ». J'allume la frontale et je découvre avec stupeur ma position au milieu de milliards de petits crabes. Toute flippée, je suis repartie cash en courant vers le campement, en relevant inutilement très haut les genoux? Pas fièrote la gauloise.

Au lever le lendemain, plus rien, ou plutôt si, alors que je flâne en grignotant un morceau de pain, une volée de cacatoès m'encercle. Au bout de quelques miettes distribuées, ils finissent par m'attaquer allant jusqu'à me monter dessus à plusieurs et frapper du bec pour me taper mon pain' Ben ils l'ont eu.

La nature australienne offre une diversité de formes et de couleurs qui ne sont pas les nôtres, tant par sa faune que par sa flore. Quoi de plus commun qu'un volatile, ou que leur nombre à l'instar de nos pigeons ? Quoi de plus banal que le cuicui de nos vanneaux ou bergeronnettes ? J'ai ici le sentiment que nos volatiles existent en nuances de gris face aux couleurs aussi incroyables qu'improbables de leurs cousins australiens. Leurs sonorités conjointes s'apparentent à un orchestre alors que nos corbacs jouent de la flûte à bec.

L'émotion la plus fun de mon trip aura été de voir enfin un Kangourou en pleine nature, et même une colonie d'au moins vingt têtes. Chui contente. C'est un peu le mythe d'un ailleurs plus magique que chez soi.

Le dernier jour, après avoir laissé Gilles et Yannick à l'aéroport de Sydney, nous sommes allé dans une salle pour que je retouche un peu la résine avant la compèt? Vainvain n'aura touché qu'une fissure artificielle, pour probablement re-voyager dans ses souvenirs d'El Cap.

Après m'avoir laisser à l'hôtel, où le lendemain les copains de l'équipe de France me retrouveront pour le Championnat du monde espoir, Vainvain est parti prospecter d'autres sites, seul sur des routes plus au sud, libre de rêver d'autres projets' de grimpes absolues.

Je prendrais la troisième place du podium Junior, bien qu'étant la seule de ma catégorie à sortir ma voie de finale. Pour une pincée de secondes, je suis rétrogradée à trois prises. Il fallait bien que ma manière de grimper me pénalise un jour, mais je suis avant tout grimpeuse et pas une compétitrice guerrière ou calculatrice. Ce n'était pas la meilleure compèt pour cette éventualité, mais je vous rassure, ce ne sera pas non plus le meilleur de mes souvenirs australs.

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