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Echec sur prises, sans surprise
ajouté le 29/11/2008

Le cumul de performances d'un grimpeur en milieu naturel apparait souvent comme un état de compétences sans faille. Plus encore, lorsque ce grimpeur réalise une croix hors-norme, on lui octroie l'accès aux étoiles.

Pour moi, cumul de perf et cote hors-norme ne représente pas une réussite absolue, car tout n'y est pas que plaisir de grimper. Parfois je ne peux y mettre la manière, et il faut alors serrer les dents. Le reflet d'une réussite est séduisant mais ne dit rien des facettes qui nous font faire la grimace, ni des humeurs qui ne suffisent pas toujours à résoudre rapidement l'énigme d'un passage, mais font succomber bon nombre de ces performers à l'explosion d'un pétage de plomb.

Niveau max...

Je situe mon niveau maximum dans ce que je suis capable de sortir proprement, sans violence ni audace outrancière. Mon maximum est donc lié à la réussite de voies dont le contrôle me permettrait d'y retourner sans retenue. Il m'arrive ainsi de re-parcourir des voies que j'ai déjà sorties, des voies dures ou simplement belles, juste pour le plaisir de leur variété gestuelle ou de leur cheminement. Bien que les connaissant, mais peut-être moins mobilisée, il m'arrive parfois de les rater dans un retour. Alors par jeu, je m'offre une troisième tentation. Parfois aussi, il arrive qu'une réussite un peu mieux maîtrisée me trouble au point de douter de la cotation.

... ou niveau sur-maximum

Le travail de voies qui me sont hors-norme me situe dans une approche différente de celle du à vue. Pour moi ce genre de réalisation passe par une méthode reproductible, suffisamment maîtrisée pour me permettre de croiter en un minimum d'essai. Je ne grimpe donc pas à l'anglaise avec un retour à la case-départ après avoir chuté. Je travaille beaucoup chaque détail dans mon premier run. La compétition m'apporte le bénéfice de la réactivité nécessaire aux gestuelles difficiles et par cette sensibilité accrue, la falaise me permet de disposer du temps nécessaire au cumul de ces charges et à l'appréciation des moindres économies de moyens. Pour l'instant, mon équilibre se situe dans la globalité de cet aller-retour entre les deux pratiques.

Réaliser une grosse cote après travail, n'est donc qu'une aptitude technique et physique situant ma forme d'un moment. Mes sensations sont relatives à cette nuance de confort qui me fait réussir en peu d'essai. En cela, ce n'est pas aisé d'apprécier une difficulté avec objectivité. Il m'arrive de trouver une grosse cote vraiment très soft, tout autant que de mettre une cote plus durement nuancée parce que j'estime que dans ma taille, tel ou tel mouv n'est pas une résolution répondant au même jeu. Ce n'est qu'une appréciation comparative, liée à mon vécu. De plus, la cotation est pour moi trop réductrice. Elle ne traduit rien de l'essentiel qu'est la qualité d'une voie.

Je ne tiens donc pas les voies aux cotations hors-norme comme une finalité. Elles ne sont pour moi que des symboles. Je ne vais me confronter à ces lignes que pour la curiosité esthétique qu'elles m'inspirent, ou pour avoir été séduite par la gestuelle d'un grimpeur, ou encore, par ce que me suggèrent les récits de bons copains.

Un maximum très relatif

Au bilan de ma saison 2008, après avoir réalisé quelques 35 voies entre 8b et 8c/8c+, je me rends compte que je sors moins de 8a/8a+ à vue et il m'est même arrivé d'accrocher sur des 7c+. En cela, j'ai le sentiment d'avoir perdu du terrain sur ma progression des années passées. Ainsi, mes aptitudes en compète ne se mesurent pas dans l'addition de voies dures, ni dans la réussite de voies symboliquement hors-norme. Cela ne me permet pas de pouvoir rivaliser.

Il paraitrait qu'on peut projetter des niveaux de pratique sur la base de grosses croix additionnées ou quantifiées en nombre d'essai. Il semblerait aussi qu'il soit crédible de mettre en rivalité les sites, les voies, les filières, les morphotypes, les genres masculin-féminin, les époques...

Personnellement, je ne trouve pas très simple de tenir la régularité d'un niveau max. Pour l'instant, et sans doute pour longtemps, je me contente de garder les quatre membres au contact du caillou, avec encore des envies plein la tête, pour ressentir et profiter de l'opportunité d'un état de forme un peu plus singulier.

Ce qu'on entend moins souvent, c'est qu'aux deux extrémités de la réussite, il y a d'un coté la course à la surenchère jusqu'au 9a et plus, mais pour y faire objectivement quoi et comment ? et pour quel plaisir ?... Et de l'autre coté de la réussite apparente, il y a les échecs ou ratés dont personne ne parle.

Entre les deux, il y a aussi la relativité de la réussite, car au milieu de la quantité de voies pratiquées, il me parait normal que de temps en temps émerge une réussite qui se distingue... rien de plus. Ainsi, à tous les niveaux, à chacun la relativité et le mérite de sa perf.

Des ratés derrière le miroir des maximums.

Voici quelques tentatives avortées que je n'ai pas solutionné... faute de pouvoir ou de vouloir.

  • Concession-vénasque : Milouchka 8b+/c.

Cette voie ne m'aura pas permis la croix pour un seul mouvement un peu sévère, sur une reprise de bi en inverse mainD qui doit retenir un croisé mainG vraiment lointain ( modélisation d'Oetzi ). Malgré plusieurs options de pied, je suis vraiment trop courte dans le croisé et ne peux contenir l'issue fatale d'une ouverture de porte. Dix tentatives de solution plus tard, je capitule, alors que j'enchaîne toute la suite? bien dépitée. Il me plaira de clipper le relais par un enchaînement de sa 2ième moitié qui vaut le détour par Il en faut peu pour être heureux... c'était écrit.

  • St Guilhem : Tamarillos ( baume ventée ) 8a+.

Dans une voie où l'équipement laisse bien grimper, 30cm à G de p6, il faut claquer en mainD une oreille sur sa partie verticale, avec au départ une croute latérale en mainG et deux pieds qui dégriffent un coup sur deux dans le mouv. J'accroche au mieux une petite verti 25cm sous l'oreille, en bourrinant en contre sur une adhérence du piedD. Rendue dans cette situation, je suis tentaculée, pétrifiée sans pouvoir bouger. S?en suivent une bonne quinzaine de vols permettant de bien voir défiler le caillou. Je ne résous donc pas ce mouv très morph. J'en suis déçue, car le mur propose des lignes vraiment très classes par leur qualité de surface et leur équipement. Si j'ai autant insisté à espérer résoudre l'énigme, c'est qu'il m'aura fallut aussi une dizaine de test de solution dans un 7c+ du voisinage, pour finalement le résoudre sans violence, ni mouv de bloc. Il arrive que la frustration me mette la rage... et que cela ne suffise pas. Là, sous le regard de la Salamandre, je n'ai pas pu.

  • Pierrot Beach : Abraxas 8a+.

Après les 3/4 d'une voie assez intéressante et inhabituelle, aboutissant sur une sérieuse section de plats et rondeurs à l'ancienne, deux mètres sous le relais, je n'ai pas réussi à caler une résolution fiable. Dans mon 1er run, malgré plusieurs engagements, je ne parviens pas à contrôler plus d'une fois sur deux les équilibres de mes solutions. Je m'abstiendrais d'y effectuer un 2ième run' certe bien déçue également. La voie sera toujours là, le jour où j'aurai le plaisir de la solutionner proprement avec peut-être le schéma d'une autre intuition.

  • Supermarché : Durex 8a (soit disant).

Après le calage des premières sections bien besogneuses de cette voie, j'ai lâché les prises et l'envie d'insister. Je ne me faisais pas plaisir. Je sortais de Moutchyki dans laquelle je n'avais pas réussi à enchaîner plus de deux sections dures dans mon run à vue, pour finalement m'arracher presque dans chaque section lors de mon run fructueux. J'espérais retrouver dans cette nouvelle ligne un peu de cette magie conquérante que permettent les découvertes à vue. Ces deux voies furent très loin des conditions de mon plaisir. J'ai quitté le ring et jeté la serviette avant la fin du round.

A tout désabus, détresse est bonne, car dans la foulée du lendemain matin, je me suis offert la découverte de Hulk puis Galétas dans le Verdon... en dégainant avec des locaux sur-sympas, ouvreurs inspirés... ou plutôt magiciens de lignes majeurissimes.

  • Tarn : Tatanka (F?tus) 7c.

C'est un vieux souvenir qui m'avait bien marqué, il y a 4ans, dans l'élan de mes premières belles réussites. Dans un mur dalleux pourtant très intéressant dans son début, j'ai buté sur une section sans parvenir à en trouver l'issue. J'ai le souvenir de n'avoir rien pu imaginer que je n'aurais pas tenté. J'ai bien dû y faire une vingtaine de vols consécutifs' peut-être bien pour un problème de taille, mais j'ai là le souvenir de ma première capitulation.

  • Tarn : Harlem désir, Nick le Zolve, L'?il de Boudha.

Trois voies dans le 8b par lesquelles je nourrissais des envies de voyages comme en proposent leurs voisines. Dans les trois, je bute sur un mouv après de nombreuses intentions imaginatives, incapable de trouver la clé d'une solution qui se détourne d'une évidence trop morph. Ces capitulations m'ont coûté l'accés à des surfaces parmi les plus tentantes et énigmatiques des gorges' journées d'amertume dans un Tarn qui m'a fait débuter sur le chemin d'une passion.

  • Quelques ratés inattendus...

Il m'est aussi arrivé de me rater dans des 7b/+, comme dans Mind boggle à Kalymnos (secteur Panorama) où, dans un léger dévers, apparait à bonne distance un moignon tout caké qui absorbe l'attention comme une solution du passage. Au terme de mon dynamisé, j'ai compris mon appartenance à une grande famille de piégés' famille à la parentalité déjà nombreuse et à la descendance probablement sans fin, car la prise n'en est une que sur-kakée à chaque tentative.

Je ne me suis pas sentie non plus très fièrote dans la L1 de Big Bang Bébé au Supermarché, cotée 7b/+, où j'ai bien failli me coller le vol après 5/6 amorces de résolution d'une section médiane. Les bras bien chargés, j'ai fini par céder à la gravitation dans la L2.

Dernièrement aussi, à l'échauffement dans la variante 7b+ la plus à droite de la Baume ventée de St Guilhem, les perceptions de pieds les mieux adaptées m'ont fait défaut, m'obligeant à plus d'application dans un deuxième run.

Voilou, comme quoi, sortir de grosses réalisations n'est pas un sésame absolu de réussite. Par contre lorsque la croix est au rendez-vous, c'est une part de ma sensibilité que je laisse avec regret sur le caillou. Alors parfois, je ne résiste pas au plaisir de retourner parcourir ces mêmes voies. Il en est que j'ai refaites 3 à 4 fois. Il en est d'autres que je n'ai pas recroitées sur un premier retour, mais les suivants. Comme quoi retourner dans une ligne nous assure que la réussite est parfois très opportuniste... Ceci dit, toutes les grimaces n'ont pas pour exclusivité l'amertume ou l'effort, mais ont plus souvent pour cause un soleil complice de journées qui me laissent des souvenirs durables.

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