Gardant de très bons souvenirs d'une première rando à ski en décembre 2005, j'avais envie de revivre une expérience itinérante, sur plusieurs jours, à faire glisser les peaux sur une neige immaculée et passer des nuits à bivouaquer à l'abri de congères. Les vacances de Noël 2008 se prêtèrent bien au jeu puisque j'étais blessée depuis plus d'un mois à l'épaule. L'habituel trip en falaise était pour le moins compromis.
J'ai quand même débuté mes vacances avec l'Open Jeunes d'Albertville, que je ne pouvais me résoudre à manquer, car c'est lors d'évènements comme celui là que j'ai fait mes débuts. Etant en dernière année Espoir, j'avais le devoir et le besoin moral de boucler la boucle comme on dit.
Le lendemain de ma victoire, symboliquement la 9e d'affilée à Albertville, nous nous retrouvions mon frère, mon père et moi au col des Glières, au dessus de Thorens (Annecy). La journée touchant à sa fin, on a décidé avec mon frère de chausser les raquettes, le surf sur le dos, histoire de tâter la neige et de profiter de la dernière heure de soleil pour croiser nos traces dans une petite descente simple et sans retenue.
Une bonne nuit de sommeil sur le plateau des Glières et c'est parti pour quelques jours de rando sur les crètes allant du Parmelan à la montagne de Sur-cou en passant par celle de sous-dine. Nous avons eu le plaisir d'être sous le soleil une bonne partie du trip, sans un nuage à l'horizon. Une autre agréable surprise fût de partager la montagne avec une faune des plus variées et inattendues. Au lever du soleil, à notre premier bivouac, nous avons eu le privilège de prendre notre petit-déjeuner à la croisée du chemin emprunté par une louve, sûrement en mission pour sa portée. Plus tard, dans les escarpements de sous-dine, ce fûrent de très nombreux bouquetins qui occupèrent notre curiosité. Quel plaisir de rythmer notre périple au gré de la fantaisie et des cadeaux que nous a offerts la nature. Nous n'avions pas d'autres nécessités que de profiter de l'instant présent.
Dans les autres singularités, le soir du 24 décembre, nous nous sommes improvisés pour un itinéraire plus radical qui nous engageait dans des pentes délicates et escarpements plus techniques, dans l'ambition de passer la nuit sur une crête et de se faire réveiller par les rayons du soleil. L'histoire s'est déroulée autrement. Pris par la fin de journée et une luminosité déclinante dès 17h, nous n'avons pas trouvé notre chemin au travers des singularités de cette face mixte qui alternait neige et roche. La strate suivie entre deux barrières de falaise était un cul de sac. Les barres rocheuses se conjuguaient en une seule et même verticalité. Demi-tour donc sur nos propres traces, dans l'inconnue d'une solution. La nuit nous enveloppant inexorablement de son manteau d'hiver, nous avons été contraints d'improviser un bivouac taillé dans la pente. Le confort de notre situation était relatif à ce qu'impliquait un retour 500 m plus bas au moindre faux pas en dehors de notre cuvette aménagée. Seul un couple de mélèze,coté vide, nous assurait un réconfort de l'esprit.
Cependant, ce changement de programme nous a permis de passer un réveillon de Noël unique et original, que nous avons fêté avec les moyens du bord. Nous avions prévu le saumon, qui du coup était on ne peut plus frais dans cette ambiance hivernale de face Nord. Accrochés à notre îlot d'infortune, au mileu de ce néant, nous avons réussi à illuminer notre nuit de Noël d'un bon feu de bois calé dans un creux de rocher, avec les quelques branches mortes de nos deux compagnons résineux.
Tard dans cette nuit chargée d'images symboliques, une tempête de vent s'est installée. Aux premières lueurs du matin, nous fîmes l'amer constat qu'un ciel dépressionnaire avait fait place aux nuits étoilées des jours précédents. Le départ s'annonçait assez problématique et nous engageait peut-être dans une décision d'itinéraire plus raisonnable, voire plus sécurisé. Bien nous en a pris de prendre le temps de faire fondre la neige pour déjeuner et remplir les gourdes, car des brises, certes froides dues à notre exposition en face Nord, se sont substituées au passage nocturne tempétueux du front froid. Le temps s'étant apaisé, nous avons opté pour une remontée au plus direct, car au bilan, moins exposée que par des pentes incertaines à traverser ou une redescente importante et pas des moins risquées.
Ayant refait nos sacs, nous nous sommes très vite réchauffés, grâce ou à cause, de la remontée. Les skis sur le dos, nous nous sommes employés dans des escarpements rocheux à la limite de l'escalade et dans des pentes raides de neige foireuse où chaque pas se gagne par un façonnage de l'empreinte permettant de trouver l'équilibre pour engager le pas suivant. D'une barre à l'autre, coupées de goulets nous engageant sans retour, nous cheminons par section. D'une variation de neige granuleuse sur laquelle les peaux n'accrochent pas, à une variation de croûte où les carres ne semble pas griffer, nous parvenons à prendre de l'altitude au prix de quelques gainages et arcboutements.
Accéder à cette crête après s'être confronté à une concentration de chaque instant est une libération. On s'imprègne de chacun des détails qui effleurent nos sens et flattent notre esthétique. C'est avec plaisir que nous avons clos cette rando, dans la traversée d'une crête de plusieurs heures, tantôt avec les flocons de neiges et le blizzard, tantôt avec une vue imprenable sur le massif du mont blanc, le tout en se laissant guider par la multitude et la diversité de traces d'animaux plus ou moins marquées sillonnant la crête. Sabots, ongles, ergots, petites griffes et coussinets divers, nous laissaient présager d'être épiés par autant de poilus, emplumés, cornés et moustachus.
Finalement, même sans les chaussons aux pieds à parcourir les falaises, la nature reste un terrain d'expression inusable et plein de ressources, où la chose la plus insignifiante prend la dimension d'une émotion !












