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Grimper ou ne pas Etre
ajouté le 03/06/2009

Cinq mois de patience forcée

5 mois c'est le temps pour prendre connaissance du défilés des scalènes, des pinces, des inflammations sous-épineuses...

5 mois c'est le temps pour faire de la mésothérapie, de l'ostéopathie, une infiltration, 40 séances de kiné-électro, kiné-choc, kiné-douce, des radios, scanner, échographies, doppler, électromyogramme, IRM...

Guitou me fit danser le slow... vraiment down

Durant cette pause obligée, aux vacances de février, je me suis échappée par 2 semaines de falaise tant inespérées. En première semaine, je me suis fixée de revenir aux sources d'une grimpe qui me plait, faite d'une approche, d'un cadre, de diversité, de démesure, d'isolement, d'odeurs de nature et d'esthétique, faite enfin de lignes où peut s'exprimer un peu de félinité... un peu, beaucoup, passionnément.

Contre ma volonté, je me suis échauffée dans le 6 et me suis battue dans le 7e degré, complètement absorbée par une épaule douloureuse, un bras qui se dérobait et une main qui me restituait peu ou pas de sensibilité. Beaucoup de mouvements me plaçaient dans une débauche impuissante de volonté, dans l'incapacité physique. Tout me paraissait inaccessible. J'avançais à coup de contorsions, à la manière de mes copines locales, les salamandres, lorsqu'elles se précipitent par peur de ne pas échapper à l'exposition d'une menace.

Je retiendrais fort heureusement quelques bijoux qui m'ont mis la larme à l'?il pour avoir ressenti autan de plaisir à les enchaîner. Des voies qui m'ont rappelé que la grimpe peut sortir de l'ordinaire : Les pustules de Guilhem aux dalles de la cascade et Hugo ou La trash à la Baume des cades, des voies où la technique et les pieds m'ont permis de compenser mon handicap jusqu'à l'oublier.

Je classe les pustules' au registre des heureuses anomalies produites par la nature pour sa surface recouverte de concrétions en forme de champignons microscopiques. Elle est aux pustules ce que l'hiver de vin chaud à Pierrot beach est aux gouttes d'eau.

Par manque ou par nostalgie, ou peut-être par désabus, je me suis frottée à « Cunégonde était une bombe » au secteur du même nom. Ce ne fût pas vraiment une perf, vu la manière désespérée de m'y être exprimée? mais ce fût la petite perf d'un égo très mal en point. Ceci dit, je me suis laissée dire qu'ainsi dotée d'une plastique "très bombée", St Guitou s'emballait pour sa Cunégonde !?...

A défaut de pouvoir m'exprimer sur le potentiel technique du vallon, j'ai mis à profit ma disponibilité pour découvrir cinq spots et leurs attenants : les Dalles de la cascade, les Trois baumes (baume Est et baume rouge), Nouveau monde, Cunégonde et Baumes des chênes-cades-terrasses. Sur chacun d'eux, ce fût une besogne gestuelle pour croiter dans le septième degré, mais j'humais enfin les couleurs du caillou.

Ce qui m'a réconfortée, c'est d'avoir croisé sur cette nature de site les deux Nico accompagnés par Séb, des personnalités portées par une manière de vivre, des grimpeurs à l'expérience inouïe, toujours affamés, capable de raconter les détails les plus simples de leurs grimpes, comme une aventure fidèle et sans fin, toujours renouvelée, sans évoquer la moindre cote.

Contrepieds espagnols

Au terme de cette reprise de contact avec le caillou, j'embarque avec le groupe excellence CAF pour Oliana en Espagne. Je respirais de me retrouver avec ces copains-là, tous plus affamés les uns que les autres de longueurs déraisonnables, de relais gazeux, de ligne sans fin. J'étais vraiment enchantée d'embarquer avec eux, mais j'appréhendais de ne pas pouvoir exprimer quoi que ce soit et de ne pas profiter de la motivation de ce regroupement.

Mais la magie de ce collectif a opéré et je m'en suis sortie avec des voies singulières qui ont distingué ses quelques journées des quatre mois de disette précédents : Mishi, Happy hour, humildes pa?riba sur Oliana et la mare del tano à Santa Linya. Il faut croire, pour perfer avec peu de moyen, que le possible ou la réussite s'oriente par bien des motivations, autres que d'une nature psycho-guerrière.

La bonne humeur, la générosité discrète dans l'effort, la sollicitude des uns et la simplicité des autres, sont autant de moteurs de mon émulation. C'est aussi pour ça que des Diégo, Pierrot, Didier, Gé, Babar, Vainvain, Fab, me font aimer la grimpe et portent mon envie d'oser au delà des standards.

Au bilan, ces quinze jours m'ont sorti du schéma de l'inatteignable et m'ont fait reprendre espoir.

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