Existe-t-il un paradis d'été où le soleil n'a pas de prise ? ... où la singularité se conjugue au pluriel ? ... et qui ne se décline pas avec les affluences "up to date" ?
J'en ai trouvé un, concentré sur 6 spots de la rive gauche du verdon : Galetas, Encastel, Pantin du néant, Hulk, La Ramirole (dans l'ordre des photos) et enfin le Bauchet.
Six Spots allant de la falaise sportive pouvant parfois allonger des tracés jusqu'à 50m et plus, en passant par des voies concentrant 3 à 5 longueurs octogradistes, au dessus d'un gaz parfois époustouflant. Des journées durant, je n'ai pas vu le soleil, profitant même d'une certaine fraicheur.
Encastel
Face au premier belvédaire de la route des crêtes, on peut repèrer une singulière coulée qui se distingue des autres rayures verticales par sa couleur orange très vif. On y trouve plusieurs grandes voies dont Tom, le tueur de slip, et parmis elles, se trouve l'exeptionnelle et interminable longueur de 60m de Tom et Je ris.
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tom, le tueur de slip ... ou la simplicité d'un quotidien pas banal.
Voulant placer sa flèche dans la cible, le petit Tom, ce concentré d'énergie, succomba au poids d'un arc plus grand que lui, alignant la flèche sur l'étendage en l'arrière plan et la ficha dans un slip qui ne demandait pas autant d'attention. Je trouve sympa qu'une fraction de vie puisse trouver son immortalité dans un nom de voie.




J'ai eu l'opportunité, durant les deux seules journées dont elle disposait, de partager l'encordement avec Martina ( Martina Cufar ), ma copine slovène. La compétition, mais plus encore les Roctrips Petzl, nous ont fait partager du cailloux en différents lieux de la planète et des moments de grimpe d'une complicité très classe. Après 1h30 d'une bonne marche pour gagner le plateau de l'Encastel, bardées de nos cordes et matériels, la voie s'aborde par une descente en rappel pour accéder aux gencives de la face. Ses trois longueurs en 8a+, 8a, 8a sont bien dévers, rendant les rappels gazeux de chez gazeux. Colos et croutes sont au menu.
La L1 offre un dièdre ouvert pas simple à négocier, dans lequel il est difficile d'apprécier la meilleure technique. Dans la L2, sur un pas déjà bien péchon, je me suis empêtrée dans la stat de descente laissée en place. Au bilan je laisserais de la peau et hériterais d'une brûlure bien marquée du triceps. La L3 permet de belles envolées sur colos et réserve un investissement un peu bloc dans ses derniers mouvs.




Depuis qu'avec le groupe FFCAM j'accéde aux paroies déraisonables, je sais vers quoi il me plait d'orienter ma grimpe. Je souhaite m'installer dans des voyages durables, sur des voies offrant du temps, de la complicité, du gaz, des incertitudes, de l'impatience à découvrir la suite. J'aime la diversité de pratiques qu'offre la grimpe, mais j'ai faim d'un sommet, d'un plateau, qui deviennent de bonnes raisons de contempler la nature sous un autre angle. Ils renvoient le clipage d'une chaine classique à la mesure d'un exercice réducteur trop méthodique, qui se répète sans jamais vraiment me donner le temps de m'en apaiser.




S'il n'est déjà pas facile d'investir cette expérience avec de bons grimpeurs, là, je suis comblée de l'avoir partagé avec Martina. Nous sommes privilégiées de pouvoir accéder à cette autonomie et nous en sommes simplement heureuses. Je suis très fière de cette amie-là. Il me tarde de projeter ensemble des ambiances verticales plus ambitieuses.
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Tom, et je ris : Colo, colo, quand tu me tiens... je t'ai tenu, je te tiens et te tiendrai un jour à nouveau.
A l'évènement exceptionnel que fût l'arrivée de Tom, son père fit allégeance aux dieux du Verdon, et se faisant artiste, il produisit la ligne, une ?uvre offerte aux quatre vents du canyon.



Certaines voies ne sont que des cotes ou ne sont que des enchainements gymniques, voire des bouricotages sans intérêt. A l'autre extrémité de nos réalisations, une poignée de voies sont des incontournables par leur homogénéité, leur technicité ou leur aberration géologique. J'en ai croisé une bonne douzaine sur un millier, et ça en valait la patience.
S'il m'est arrivé un jour de flatter mon égo pour une cote acquise avec la manière, cette voie-là renvoie tout autre chose... j'ai vécu son unicité, et j'ai l'envie de la définir à la fois comme un fait et une fiction.
Elle est infinie, parfaite, d'une pure conti, incroyablement homogène. Sa ligne faite d'un dévers légèrement incurvée offre pour seul horizon visible, ni le relais suspendu du départ, ni le sommet, mais la perspective la plus radicale sur les méandres du verdon, entre les chaussons. Elle investit de la patience, de l'improbabilité, de l'audace, de la concentration, parfois de la rassurance, parfois de l'inquiétude.
Quand je suis sortie sur la crête, j'ai eu du mal à me remettre les pieds sur une planète horizontale. Absorbée par l'ambiance, j'ai aussi perdu mes repères de temps. Je sais juste que je me suis faite envahir par la voie. Elle m'a apprivoisée et m'a isolée du monde.




Si "Hulkosaure" relève de l'aberration, "Tom et je ris" est La voie d'un moment de vie unique. Comment l'Homme peut-il avoir l'imaginaire et l'audace suffisante pour venir s'y accrocher. Cette révélation minérale rejoint le best-of de mes voies 5 étoiles, avec une étoile émotionnelle supplémentaire. Merci Bruno pour cette audace majeurissime. Merci Fabien ( Fabien Dugit ) pour ta complicité patiente.
Pantin du néant : Un Balcon suspendu au confin d'un pointillé de kairn.
Tel est l'arrivée et le chemin pour y parvenir. Ce spot suspendu tangente l'aval de la paroi de la Ramirole. Le plus incertain est d'en trouver l'accès, mais une fois arrivé, le secteur saura vous mettre à l'arrêt pour quelques minutes d'attention... et de convoitise. Au principal, il est constitué d'une voute surmontée d'un mur dévers, parfois daleux à trous, parfois porteur de colos. Quelques voies dans le 7 occupent la partie droite du secteur. Au centre, plusieurs voies de 8a à 8b s'organisent en des lignes qui se doublent de connexions. La gauche du secteur porte des voies récemment équipées dont la lecture augure de difficultés qui se mériteront et dont l'esthétique... me donne envie d'aller y voir de plus près.
Je m'y offre les deux lignes du secteurs : Pantin du néant, au départ un peu sévère à froid, et Prise à taton à la partie médiane aussi surplombante qu'improbablement agréable et déroulante... Au bilan, ce fut un premier contact séduisant appelant un retour plus engagé.
Hulk : Hulkosaure, le retour... pour un bout d'pellicule
Je ne grimpe pas pour me faire une liste inépuisable de croix que la surenchère me ferait oublier. J'espère trouver en chaque voie un détail singulier qui puisse me laisser un souvenir impérissable. Il en est quelques-unes qui retiennent ma convoitise pour leurs gestuelles ou leur esthétique. Il m'arrive fréquemment de retourner dans des voies de grosse cote (ou de bien plus modeste) pour retrouver une fraction de vie inoubliable. Hulkosaure est de celle là.
Je l'ai donc reparcourue, et même trois fois, pour partager ce condensé d'envie sur un bout de film qui sera mis en ligne, ici-même sur mon site. A noter que depuis un an, les différents enchaînements l'ont à présent purger des quelques grumeaux et cachoux péteux de ses débuts.
Je me suis également frottée à Lucky Hulk, cet interminable dièdre hétéroclite à la croisée de deux faces bien surplombantes. Une section me résiste encore dans l'enchaînement, là-haut, tout là-haut, bien après la coulée orange... La ligne est une succession de gestuelles aériennes, physiques et déconcertantes par ses ruptures de géométrie. Le point atteind me donne une bonne raison de revenir.
Galetas : Pull Over, ma conti la plus longue en plafond... pour un mouv, tu me résistes.
Il ne me restait qu'une voie à parcourir dans cette grotte. Je l'avais repérée en 2008. J'observais un tracé démesuré en forme de virgule en trois dimensions, dans le plafond le plus ventru qu'il m'ait été donné de pratiquer. N'imaginant pas comment aborder un tel développé malgré ma capacité de conti, je projetais de revenir spécifiquement pour me confronter à cette nouvelle expérience. Au deuxième essai, après un développé en plafond d'environ 50m et 29 dégaines enchaînées ... à deux sections de la fin, je n'arrive pas à me défaire d'un geste puissant, lointain et somme toute bien technique.
La route sera longue pour tout refaire, mais quel chemin parcouru... à suivre par un pointillé de dégaines en place.
Bauchet : , Etre ou ne pas Etre, à l'ombre d'un Hêtre centenaire
De la fraîcheur encore pour un site qui n'est pas de la première jeunesse. Son morphotype ne permettant pas une profusion de voies de très grande difficulté, il reste que les lignes de 6 et 7 sont très diversifiées. Le hasard de mes choix d'échauff m'ont fait apprécier quelques lignes de colos.
Quand à Ultime atome, après un premier tiers en traversée bien teigneuse, la mi-voie porte 4 prises taillées conditionnant le crux de la voie. Cette dernière reste un exercice très intéressant, et se rattrape notamment par un équipement spartiate permettant de bien grimper de la colo jusqu'au dernier mouv sous la chaine.
A signaler l'élégance des ouvreurs repérant leurs lignes par de petits galets ouvragés de dessin sous céramique.
La ramirole : Marie Laure (ou la ramirole), ces hommes-là parlent de toi avec élégence et pour toi, ils se sont fait artisants de quelques bijoux de voies
Ce secteur, assez peu parcouru, propose un enchevêtrement de colos, de forts dévers, de coulées noires ou grises argentées. Je suis sciée par l'esthétique qu'il révèle. Après le petit quart d'heure d'approche depuis l'entre-tunnel de la rive gauche, 3km après l'auberge des cavaliers, sur la route des crêtes (Aiguines-Comps), nous brûlons d'impatience avec Martina de nous partager l'une de ces lignes renversantes. Nous optons pour Papy qué dévers en 4 longueurs 8a, 7b+, 8a, 6c+.
Les cotations ne sont pour le coup qu'indicatives, car les répétitions ont été à peine plus que spartiates.
Les longueurs sont des caricatures. Chacune porte un caractère majeur. La L1 nous met au parfum de la pesanteur et où que porte la vue, le dévers nous submerge. La L2 s'annonce plus soft, mais il y a de quoi se faire bien mal au niveau du dièdre. Je la pense plutôt 7c demandant bien de l'attention. La L3 confronte à un toit vraiment toit de chez toit, dont l'avancée assure d'un gaz qui ne laisse pas indifférent. Ambiance garantie et vue imprenable. D'une difficulté ambigüe, je la mettrais 8a OS parce qu'elle engage un mixte d'incertitude, d'audace et de charge... mais probablement 7c après travail. La L4 est une dalle majeurissime à trou où la cote technique se laisse oublier par la classe de sa surface... 9z esthétique.
Je me suis laissée dire que sa voisine de droite porte une copie de cette longueur de sortie. Voilà une bonne raison de fuir d'autres lieux surfréquentés.
Encore ravie d'avoir grimpé avec Martina dans cette voie et ce lieu surclasse. Ce fut l'occasion d'un language gestuel commun, fait des mêmes handicaps et mêmes atouts.
Voilou, si je savais que je passerai la toussaint prochaine et peut-être même noël en un autre paradis, je sais à présent aussi où se déroulera mon été 2010. Je n'ai rien enchainé de plus époustouflant que la quadrilogie Encastel, Hulk, Galetas, La Ramirole. Ces anomalies de la nature ne me feront plus regarder la grimpe de la même façon.
Les galeries de ces spots : Tom et je ris, Ramirole, Tom, le tueur_de_slip, Galetas ici et par là. Quelques infos/topos et les vidéos de Hulkosaure et Tom et je ris... pour bientôt.












