Un certain Alphonse a écris "en haut, prends le temps et suspend ton vol", à moins que ce ne soit "Ô temps suspends ton vol". Etait-il grimpeur ou juste amalgameur des mots et des sens ? Il reste qu'il est des moments qui s'impriment plus que d'autres dans notre mémoire. Ce 13 juillet 2010 en est un pour moi.
Cham, vu du haut
Dans cette finale, j'ai un peu échappé aux paramètres d'une compétition. J'ai eu des sensations très apaisées. Le temps me paraissait suspendu et je le traversais en profitant de tout, de chaque prise, de chaque coordination. J'ai pris mon temps, pour mieux en apprécier le déroulement, regrettant presque que chaque gestuelle passée me rapprochait d'une issue me ramenant à des moments de vie moins personnels. Le mur déroule sa technicité sans piège jusqu'à l'entrée du toit. Là, pas de vilain crux-bloc comme en demi-finale. Il se gère par une suspension en plafond assez harmonieuse, faite d'horloges et de retournements. Sur le dernier volume, je me suis fait un peu sortir de cet état second par les échos d'une foule en délire. Je me suis surprise à gérer tranquillement sur un bouzou innommable, à la bordure d'une coque, se dégageant elle-même de la lisière du toit, comme une ultime rustine dérisoire ajoutée à la bordure du monde... je me suis surprise, juste parce que je voulais ressentir ce contact et en apprécier la mesure. Dans le dernier mur, j'ai moi aussi amalgamées mes envies et la nécessité du comportement que me dicte l'expérience et l'enjeu. J'ai donc repris mon temps et je me suis dis, à l'adresse de chaque prise, toi je te connais, toi aussi et toi je ne te lâche plus, et toi non plus... puis le délire du public m'a alors fait émerger, après que le son furtif et magique du clip final m'ait fait sourire. Au terme de cette résonance particulière, j'ai cédé à la déraison collective, une des plus assourdissantes qu'il m'ait été de partager, tout simplement ouf, barge.
Perchée la haut, la corde à suspendu mon vol, alors j'ai pris le temps de tous vous saluer. Quand il arrive qu'un sport produise une telle hystérie collective, on découvre alors qu'il est loin de la confidentialité et pour autant on se retrouve incroyablement seule au milieu du stade à se demander pourquoi tous ces gens sont debout à vous applaudir avec autant d'humeur à partager.
Cham, vu du bas
Il restait Angela, dont je connais la valeur et l'expérience, mais je savais aussi que la facilité apparente du plafond et du dernier mur pouvait ne pas la faire s'arrêter au bénéfice d'une vigilance plus accrue. Nous avons exactement inversé nos comportements entre la demie et la finale. Il nous a manqué une retenue de prise. On peut réussir par lucidité et symbiose gestuelle, mais en réalité et le plus souvent, on se contente de gagner par défaut du discernement de nos rivales. Là, ce fût un peu des deux, car ma manière n'aurait pas suffit à cette première marche du podium sans la précipitation de mon aînée autrichienne. Alors, j'ai tout simplement craqué de partager mon émotion avec celui qui m'avait dit que ce serait ma compèt.
Bravo aussi à Hélène pour ce premier podium international senior. Bravo à elle d'avoir su restée elle-même, malgré la pression qui lui incombait. Bravo aussi aux 6 finalistes français pour s'être distingués à la maison, car c'est beaucoup moins simple qu'il y parait du côté engagé des projecteurs.
Il y a quelques mois je souhaitais disposer d'un peu de marge pour mettre une manière plus féline dans la compétition au plus haut niveau, car je regrettais l'évolution de ces rencontres, conditionnant la relation ouvreur/grimpeur à n'être qu'un exercice de force sans harmonie, ni intérêt. J'adhère à 100% à l'aptitude que Nathalia Gros et Kim Jaïn ont pu exprimer en 2009. Chez les féminines, cette édition 2010 aura porté cette empreinte, et pour avoir vu un peu des gestuelles masculines, je le pense aussi. Les résolutions semblaient vraiment très belles.
Pour le meilleur, vu de là haut, dans le toit de finale, la foule semblait une marée humaine indénombrable, et faisant écho à la quantité, l'ampleur de la sonorité devait porter probablement jusque très loin dans les aiguilles.
Pour le moins bien, l'évolution des filles en qualif était cloîtrée en salle indoor. Cela ne relève pas d'une disposition très élégante. Ce n'était pas un problème de mur, mais nous aurions bien aimé, nous aussi, exprimer nos gestuelles spécifiques aux quatre vents du Mont Blanc... cette disposition ne devrait pas être insurmontable. Enfin, je l'espère.
Au bilan, j'avais expérimenté toutes les places de WorldCup, de la deuxième à perte de vue, et après 9 podiums en international senior, il me manquait une première marche en coupe du monde. J'ajoute donc ainsi à mes réussites symboliques, cette petite nuance bien agréable et singulièrement émouvante lorsque vient le son de la Marseillaise... Et cet Alphonse-là a même rajouté :
... , et vous, heures propices ! Suspendez votre cours : Laissez-nous savourer ces trop rapides délices.
Quand je vous suggérais que monsieur De Lamartine était un lactate averti...
Italie, Arco, vu du bas
Ceci dit, la saison est encore longue et mon passage par Arco m'aura rappelé qu'un podium se mérite par une compétence, mais aussi par toute la disponibilité d'esprit qui lui est nécessaire. Au passage, je me réjouis de la victoire de Kim pour laquelle j'exprimais dans mon bilan 2009 toute la valeur qui la représente. Gagner est une chose éphémère, et ce qui reste de cette fille est une manière de très grande classe. Le niveau qui lui est ainsi permis, place la barre très haut et fera nécessité. Si l'on veut atteindre cette marche par le mérite d'une symbiose comportementale, la manière de Kim range définitivement les bourricotages et autres exercices de force au rang de la préhistoire des compétitions féminines de diff. Pourvu qu'elle ne se blesse pas, permettant une avancée réelle en ce sens. Quant à l'ami Ramon, il est vraiment un sacré bonhomme de légende. Sans partage, il est le King.
Merci à PlanetGrimpe pour la complaisance de ces quelques photos.












