Dernières voies réalisées
8b - The Project
8a+ - Le bluff bourguignon
9a - Les 3P (Pan, Piano, Perf ...
8b+ /8c - Often Bach/ Petit cirque
8b+ - Gloria / Petit cirque
7c+ - Grenello compatible
8b - Le tri qui tue
8b - Riche du temps
7b - Gratte moi le téflon
7c+ - Ni vue ni connue
La croix et la manière
ajouté le 25/07/2010

Lorsque le papillon se tape un Full-in-full-out-lay dans les rotors du Pic, l’hirondelle fait bombance dans les vents de lendemains d’orage...

... et la fraicheur accompagne les gestuelles les plus exigeantes de la grimpe.

Rares sont les voies dures de conti exemptes de toute radicalité typée bloc ou surmorphe. J’en ai croisé pourtant quelques-unes que je n’ai pas toujours su optimiser pour profiter d’une belle manière de les réaliser. Depuis 2007, je me sentais en deçà de ce que je cherchais à exprimer du fait, chaque année, d’une blessure sérieuse dont l’alibi n’était qu’une réponse frustrante.

Cette année, je passe pour l’instant au travers, et je ne peux rêver d’un meilleur début de saison 2010. Il me semble que je dispose de tous mes moyens, en tous cas de la manière dont j'ai envie de les vivre, alors j’essaye autant que possible, de me prêter aux quelques voies de difficultés que j’ai croisées par le passé, qui m’inspiraient par l’esthétique de leur tracé ou pour la filière que j'en interprète. Je me laisse aussi tentée par les suggestions de mes amis les plus motivés, et le Pic Saint-loup en était une depuis deux ans déjà.

Depuis le début de saison, deux voies déjà ne sont pas passées loin du bonheur, mais pour chacune d’elles, un crux exigent sur une très courte séquence gestuelle ne m’avais pas permis d’adapter la meilleure solution à vue, me demandant trop d’une énergie que je n’ai pas sans un calage très précis. Cette fois-ci, la ligne du Roi du pétrole, portant un principe de navigation sur des bouts de colo, m'aura permis d’être suffisamment technique pour compenser la forte charge qu’engage un important dévers. J’ai pu également caler, presque à volonté, les situations de gestion qui me caractérise. J’espérai qu’un jour ma gestion de l’effort soit en phase avec une voie à ce point parfaite.

Quand une voie peut fédérer ces quelques aptitudes qui font ma grimpe, je sais que rien ne pourrait parasiter ma détermination. Si dans le dévers prononcé du premier tiers de la voie, j’ai croisé une séquence gestuelle plutôt violente, nécessitant de choper et armer une meringue en fin d’extension, je me suis alors rappelé utilement certaines fins de voies de compète où il faut envoyer le bras le plus éloigné de la prise pour la coiffer dans un gainage enroulé, après avoir travaillé un sérieux appui de pied porteur. Le faire en compète relève d’un principe gestuel standard, mais en falaise le plongeon, tête la première, qui pourrait en résulter le fait penser à deux fois. L’ensemble des 2/3 suivant est assez homogène dans une difficulté qui ne se désunit pas, sans être jamais ultime, et sous une charge conséquente du fait d'un dévers encore très présent. Tous ces bouts de colo demandent une mobilité par alternance très précise et un effort minimaliste pour tenir la distance. Le travers oblique pour rejoindre la colo finale est purement technique et sans piège, nécessitant des mouvements juste contrôlés, sans emportement. Quant à cette dernière colo, elle nécessite de l’opposer tout en ne craignant pas des appuis assez extérieurs. La toute fin peut probablement être plus diffuse en sensation par défaut d’une gestion suffisante de l’effort.

Cette voie m’a demandé la patience qui portent mes travers en compétition, mais en falaise, elle est la source de tous mes apprentissages de gamine et mes réalisations en sont la conséquence. Dans cette ligne, je récupère le bénéfice de cette patience sans laquelle je pense qu’une féminine ne peut s'exprimer dans la cours de nos homologues masculins, que par d'éphémères réussites, le plus souvent douloureuses ou besogneuses. Dire que je suis contente est évident, mais plus encore je suis apaisée d’avoir pu disposer de tous mes moyens pour exprimer ce qui me paraissait envisageable, et de n’avoir pas gâché l’opportunité rare d’une voie aussi homogène, pour une aussi sérieuse difficulté.

Alors s’il ne plait pas au destin de cette voie, d’être décotée au motif que des féminines se la sont offerte, et bien je pense avoir fait mon premier 8c à vue... si tant est que Spider Cochon ( Galetas/Verdon L1+L2 ) ne le soit pas déjà. Ceci dit, je viens d’apprendre que Dave Graham, lors de la première, l’avait cotée 8c+ et que quelques mois plus tard, deux de nos plus expérimentés grimpeurs, Nico Nastorg et Sylvain Millet, que j’estime vraiment pour leurs manières et motivations, l’ont nuancée 8c pas horrible, mais pas soft. Je retrouve dans cette modération que porte l'expérience, la vision de la grimpe que j’aime. Quant à savoir si cela constitue le premier 8c féminin à vue, je pense qu’une cotation est une valeur relative à chaque grimpeur maîtrisant les moyens de son genre, de sa taille, ou de sa filière. Je la pense effectivement 8c très conti et portant quelques séquences un peu plus rési. Pour que l'histoire soit complète, Caroline Ciavaldini signe une première croix féminine, et il faut noter que l'on doit ce bijou à un certain Laurent Triay, encore lui, multi-visionnaire pour avoir ouvert des lignes comme Les ailes du désir dans les Gorge du Tarn, Ya de l'abus dans l'air à St Guilhem, et Le roi du pétrole au Pic st Loup. Ces trois voies sont au registre des cinq étoiles de mon best-of.

Comme mon plaisir est de grimper, et comme les unes après les autres, les belles voies complémentent cette envie de grimper, j’ai aussi eu la satisfaction de sortir une heure plus tard La genèse des mutants, 8b à vue... puis le lendemain Snails Paradis 8b+ également à vue, pour laquelle je trouve ses deux dernières sections infiniment plus dures et rési, que n’importe laquelle de celles abordées sur ce site, l’ayant solutionner par un combat dont je déteste la violence. Cette discontinuité technique m’a mise à l’agonie. Pour ce final, je ne suis pas sûre que l’élégance de ses 8 premières sections en 8a/a+ justifie de ne pas la coter à l’identique de sa voisine de gauche. Enfin, ce commentaire est lié aux nécessités qu’engage ma taille, et je la pense 8b+/c pour le moins.

Enfin, parce que certaines colo offrent à ce point des instants sans égal, j’ai enchaîné à vue La mémoire des mutants également 8b, enfin pas tout à fait à vue, ni même flash, puisque le dernier quart reprend la colo final de La genèse des mutants. Un pur bonheur que de se repasser le film, de s’y arrêter et d’en être un peu plus actrice et spectatrice, une manière de savourer de trop rapides satisfactions. Petit 8b à mon avis, mais probablement la ligne la plus exceptionnelle de qualité et d'harmonie que porte ce site.

Au bilan, je trouve ce spot exceptionnel de qualité, tant par sa surface, son ombre permanente et sa fraîcheur en plein été, son austérité, la classe de ses lignes, et un équipement qui laisse bien grimper sur les hauts de voie. Ce spot porte d’autres tentations d’un genre colo rencontrée quelque part dans le Haut-Verdon, des tentations qui me feront revenir prioritairement. Je ne comprends pas, et suis même sidérée, qu'un site aussi dément soit aussi peu connu, ou ne fasse pas plus écho dans l'abécédaire des grimpeurs avertis... et pour une fois, ce n'est pas le fait d'une de ces nombreuses rétentions d'info, croisées tristement ici où là. La grimpe sur ce spot est sur-classe.

Ceci dit, les ¾ d’heure de montée (semblant incompressible), la corde supplémentaire pour le rappel donnant accès à ce paradis, et la remontée de ces mêmes 35m de fil d’araignée pour en ressortir, retiendront suffisamment de monde d’y venir ou revenir, pour qu’il n’y soit jamais la cohue des rendez-vous Up to date du Gapançais ou d'ailleurs ibériques. J’ai également eu une pensée amusée pour ma Bourgogne et la réputation de ses escargots, car d’escargot sur ce jardin suspendu, il y en a des tapis.

Pour plus de détails complémentaires, voici des éléments de topo du Pic Saint loup.

haut de page