Dernières voies réalisées
8b+ - ?... Rockstad - Cardwel 2 ...
7b+ - Parfume matinal / Ongi Et ...
8b - ?... Rockstad - Cardwel 1 ...
7c - Le Merlin / La Calavera
8a - Dulce duro / La cueva
7c+ - ??? à gauche de cacinero
8a+ - Cacinero
7b - Esclavo de la apariencia
8a - Vas de Pro
8b - Iron Maiden
Bilan de saison 2010
ajouté le 24/12/2010

Cette année, je concluais un cycle en classes préparatoires aux grandes écoles. Cette scolarité ne m’a pas permis toute la disponibilité espérée, notamment lors de regroupements et manifestations évènementielles. J'aime pourtant vraiment ces rencontres magiques et improbables des Roctrips à l'initiative de Petzl, faisant se rencontrer des origines des plus diverses. Je n’ai pu être présente qu’au rassemblement du Cimaï tuteuré par EB et son équipe restreinte de fidèle grimpeurs locaux.

Objectifs en compétition

  • Retrouver les moyens d’une rivalité internationale
  • Gagner une étape de Coupe du monde
  • Tenir la saison de compétition internationale

Compétition pour le meilleur

J’avais à cœur de conclure une belle réussite en compétition, en remportant un podium international. Les années 2006, 2007 et 2008 m’avais permis cet enrichissement d’expérience. 2009 ne me permettait que tardivement de m’octroyer un cinquième titre de championne du monde espoir. Enfin 2010 m’a mise en phase d’un petit mérite en remportant ma première Coupe du monde, d’autant plus symbolique que cette première étape de saison concentre toutes les pointures internationales. Symbolique aussi du fait que je n'en avais pas encore remporté, que c'est ma première année officielle en senior et que la diff française manquait depuis déjà longtemps de cette dernière marche en coupe du monde.

Malgré la faillite de Kim en qualification pour une raison de règlement faisant contrainte, il ne me reste aucun arrière goût de hold-up, car toutes les rivales du circuit étaient bien affûtées avec trois sorties en finale, auxquelles il faut ajouter trois bacs de fin non tenus. L’instant du podium fût un de ces rares moments où le temps s’arrête et l’espace se contracte à 50 cm du sol. Heureusement qu’il y avait quelques milliers de personnes faisant un peu de bruit pour me sortir de cette léthargie. Allez, je suis assez honorée d'inscrire cette réussite au registre absolu des belles performances françaises, et de rejoindre sur cette plus haute marche les dernières victoires tricolores signées par mon aînée, Sandrine Levet, un peu ma marraine en compète.

Parce que gagner est une chose éphémère, ben je termine la saison à la 6ième place du classement WC2010, ainsi qu’au classement permanent, lequel tient compte de la représentativité des grimpeurs(ses) présents(tes) sur chaque étape. Je suis aussi hyper-déçue de mon championnat d’Europe d’Imst, avec une première partie de finale sur laquelle je m’interroge beaucoup trop. Mais voilà ce n’est ni le lieu pour faire une zip... sur un repos, ni le bon moment... dans une finale, d’autant que seul un doublé sur ce titre valait ma détermination.

Meilleurs résultats en compétition :

  • Victorieuse de la coupe de France 2010 (4 podiums / 4 étapes : 2, 1, 1, 1)
  • Championne de France senior de difficulté 2010 (10ième titre national)
  • 4ième aux internationaux de Briançon
  • Victorieuse de la Coupe du monde de Chamonix (4ième victoire internationale senior pour 9podiums)

Au bilan, l’année a commencé très belle. A la sortie de mes écris de concours, je remporte le championnat de France, et le lendemain de mes oraux, je gagne ma première coupe du monde. J’ai eu le sentiment de ne rien sacrifier de mes motivations, ni de ne rien perdre de mon temps durant ces deux dernières années.

Ma satisfaction aurait été complète si j’avais pu disposer de plus de moyens et d’une disponibilité à l’échelle de la saison de compétition. Malgré ma détermination, mes études absorbent une énergie que je n'arrive pas toujours à compenser comme je le souhaiterais. Je me dis que ce temps là est derrière moi et que d’autres horizons s’ouvrent à moi jusqu’à Bercy2012. Il reste que mon expérience durant ces dernières années me confronte au dilemme d'une assiduité de pratique nécessaire à la durée d’une saison sur résine... et la tentation trippante du milieu naturel pour son indescriptible créativité et les souvenirs inégalables et durables qu’il m’en reste. Alors peut-être qu’à l’échelle d’une vie de grimpe, l’opportunité de deux championnats du monde consécutifs mérite-t-elle un sacrifice semblant intenable pour envisager de mettre une empreinte sur le seul symbole en compétition qu’il me reste à flirter.

Objectifs en milieu naturel

  • Diversifier mes lieux de pratique
  • M’installer plus activement dans un niveau référent
  • Réaliser une perf significative

N’ayant pu retrouver mes moyens que très tardivement, à la Toussaint 2009, après une longue période de blessure, je n’ai pas vraiment marqué de pause et c’est dans la continuité de cette forme que j’ai abordé la saison en cours. De plus, ne disposant que des vacances scolaires, et dans un temps limité, j’ai souhaité installer ma pratique sur des voies plus symboliquement soutenues. Autant que possible, je choisis aussi de réaliser des lignes légitimées par un tracé naturel sur les sites majeurs que je privilégie. Je souhaitais aussi découvrir de nouveaux lieux de pratique.

Dans l’enchaînement de mes réussites scolaires et en compétition, il me restait alors à conclure un symbole fort sur le caillou. Un premier projet majeur en montagne tombe à l’eau de la météo, avec deux copains, Fabien et Cédric, mais surtout avec Nina et Martina, deux copines que je tiens particulièrement en estime pour leur simplicité et leur manière généreuse, restant pleine de féminité dans l'effort.

J’ajoute quelques nouveautés, à ma diversification de site. Je ne fais qu’effleurer symboliquement certains lieux, espérant les aborder dans la durée ultérieurement, comme le Cimaï dans l’arrière pays toulonnais, la grotte de FFF au dessus de Moustier-Ste-Marie dans les Alpes de Haute-Provence, ou encore les Auberts en Vercors. Je profite un peu plus intensément, de deux falaises exceptionnelles, le pic St loup dans l’Hérault et l’une des légendes des Etats-Unis, Smith-rock dans l’Orégon.

Des ouvreurs d’exception, visionnaires

Je reviens également sur quelques monuments de la grimpe hexagonale, comme la Ramirole et son secteur Feu au culte, les Gorges du Tarn du coté de Tennessee, la verrière dans les causses millavois et le secteur Os à moelle à St Guitou.

La Ramirole

Le Verdon, c’est un peu, beaucoup, passionnément à l'ombre de la rive gauche... c’est sans réserve la Ramirole. Au-delà de ce haut lieu visionnaire de l’escalade pour lequel j’accroche ma motivation, j’ai enfin rencontré Antonin, celui qui œuvre dans des ouvertures audacieuses, juste guidées par la logique de lignes naturelles. Sa boulimie, son engagement et sa manière d’ouvrir en rajoute une couche à mon envie d’aller en découdre dans cette nature d’aventures modernes. La Ramirole portait déjà bien autre chose qu'un terrain sportif majeur, à l'égal de nos plus grands sites français, mais Antonin vient récemment de lui rajouter la marche de l'audace visionnaire. Je me représente ses dernières ouvertures comme exceptionnelles, version rarissimes. Visuellement, elles en feront pleurer plus d’un, et pour la première fois une ligne pourrait bien me faire accepter le principe d’un travail qui mérite son labeur et sa croix.

Bichou, dans la Ramirole, et Antonin, ouvreur de génie
Gorge du Tarn

Tennessee aura été une ligne dix fois remise à l’ouvrage dans ma réflexion. Je ne voulais pas gâcher une ligne pareille par de multiples essais. J’étais donc en phase cette fois-ci et l’ai sortie en un essai. Objectivement, je n’ai pu la sortir à vue pour un enchaînement de deux mouvs dans le premier crux. Au premier essai, j’ai pris mon temps et l’ai savouré comme un ralenti un peu cadencé par section. Le plaisir est simple et fou, et se représente parfois par juste une quarantaine de mètres de verticalité à la frontière de deux faces.

La Verrière

La Verrière est un bout du monde perdu au milieu des Causses, un lieu privilégié offrant une improbable concentration de voies de très hautes difficultés. Lorsque les motivations se croisent, lorsque la surenchère des volontés se fédèrent, lorsque l'improbable devient faisable, cela donne une moisson sidérante de croix au delà du raisonnable. En tout juste une semaine, 5 des grimpeurs de passage ont dépossédé la Verrière de 15 réussites dans le 8c et plus. Je m’y offre Sonatine, parfois "humide", en 3 runs (plus un essai en 2007).

St Guitou

Il m’a pris enfin l’envie d’aller ronger L’os à moelle... à la croisée du chemin de Saint Jacques de Compostelle et d'un affluent de l'Hérault. J'ai trouvé deux voies sans fin, des conti de 50m, dont une ouverte par un faiseur d’abus, un certain Laurent Triay. L'histoire, de celles qui se racontent de bouches à oreilles bien intentionnées, retient parfois la motivation qui anime certains ouvreurs de génie. J'aime ces lignes naturelles, marquées par l'évidence de leur cheminement et qui portent une histoire de tentation à laquelle une poignée de rêveurs solitaires ont succombé. Cette ligne d’exception Ya de l'abus dans l'air raille on ne peut plus verticalement le secteur. L'envie ne me manque pourtant pas, mais je ne peux m’étendre plus sur ce haut lieu de l’escalade sportive pour le protéger d’une probable déferlante ibérique ou teutonique... mais différents de mes blogs en précisent quelques nuances.

Adam en action, à Galetas dans les 3P
Grotte de Galétas

Je retourne passer 2jours à la grotte de Galetas, parce qu'elle est ainsi faite, incontournable. Un premier jour avec quelques copains et copines qui font mon monde avec une belle manière et pour essayer la variante de Bruno, les 3P (Pan, Piano, Perfo). J'avais aussi à cœur d'inviter Adam Ondra pour apprécier Pull-Over. Disons qu'au contact du caillou, le garçon se fait caméléon. Sa grimpe prend une mesure extraterrestre, par son efficacité gestuelle, par le volume cumulé dans ce niveau de difficulté, par la rapidité de chaque parcours. Après 5 runs en une même journée dans le 8c+/9a, Adam s'octroie Pull-Over en 1essai et les 3P en 2essais, validant au passage toute la dimension du site et la pertinence visionnaire de ses ouvreurs de génie, Bruno et Antonin. Au bilan, Adam estime Pull-Over à un 8c+ hard, et Les 3P à un petit 9a précisant que la nuance globale tient à très peu de chose, les deux pouvant être 8c+/9a. Je suis donc rassurée que mon appréciation ait été confirmée et même nuancée d'un hard.

La Balme, version Extrem hard noise

Au lendemain de la Coupe du monde de chamonix, je transite par la bordure du Bugey et je m'octroye la seconde réalisation de Un jour peut-être 8c au secteur Extrem Hard Noise de La Balme de Yenne. Je tenais ses voisines pour très interressantes malgré la raisonnance du défilé qu'emprunte la D1505 à grand trafic (Chambéry-Lyon/Bourg en Bresse). Si la première partie en mur, très spartiate en prise, oblige à des placements sévères, offrant un jeu peu classique, la deuxième partie, un peu plus dévers, s'enchaîne sur des éclats d'écailles pas toujours très heureux. Certes 8c, mais très honnêtement, je ne l'ai globalement pas apprécié au regard de ses voisines, d'autant qu'une cote pour une cote ne m'intéresse vraiment pas.

Pic St Loup

Dans la foulée du site précédent, je prends la route de Montpellier pour me prêter à la suggestion d'un copain passionné à souhait.

Avec le Roi du pétrole, au Pic Saint Loup, je réalise mon premier 8c ... à vue.

C’est devenu pour moi une aventure à rebondissements très enrichissante. Cela faisait un moment que j'espérais trouver la voie qui me permettrait d'exprimer mes sensations. J'ai enfin trouvé un juste milieu entre continuité, technicité et bonne longueur de voie, à un niveau très conséquent pour moi. Au meilleur de ma forme de saison, je l’ai trouvé exceptionnellement conti, parfois juste ce qu'il suffit de rési gérable. Je ne suis pas partie dans la voie en me disant 8c à vue, c'est tellement improbable, mais d'un geste convaincu à une décision heureuse, d'une temporisation sereine à une impétuosité retenue, d'un dynamisé mesuré à un transfert bien enroulé, et par plein d'autres nuances, la réussite se construit et se fait faisable, section après section. La toute fin, sous le relais, m'a demandé plus encore. Une chaine est une chaine, et l'esprit ne peut pas la reculer ou la soustraire pour apaiser la tension qui se fait envahissante. Par fébrilité, je m'y suis sentie plus diffuse en sensation, mais le physique a probablement trouvé sa marge de manœuvre. Au final, si une réussite tient aux capacités permises par une saison d'entraînement et si elle se conforte par des comportements réflexes issus de l'expérience, je pense malgré tout qu'il reste une part non négligeable à l'opportunité... ou au "coup de bol", au regard de la quantité d'erreurs possibles dont le rattrapage est très ténu. Au passage, je me suis offert 3 de ses voisines avec la même manière, dont la très teigneuse Snails paradise que je tiens pour aussi dure, voire bien plus rési sur ses deux dernières sections. J'en suis donc ressortie époustouflée par la classe de ce site au gout de réussite. De retour à la Toussaint, j’ai ré-appréhendé sa longueur pour y tourner quelques images avec Laurent Triay lui-même et shooter quelques photos avec Sam Biè et mon frère... rien de moins.

Un peu moins affûtée physiquement, et dans les nuées d'une humidité vaporeuse cheminant entre les gencives de la falaise et la croix sommitale, j'aligne trois runs consécutifs à plein effort. Je me retape un quatrième runs le lendemain pour quelques photos supplémentaires. Ben j’en suis ressortie cuites, vidée et réellement... rincée par la pluie, mais contente d’être revenue sur cette même saison en un lieu pareil. Ce fût également pour moi un moment privilégié de partager cet effort et cette réussite avec mon frère, mon père, un mordu des lieux et l’ouvreur en personne.

Au bilan, on ne se rend jamais vraiment compte d’un état de forme, ni de la conjonction de tous ces petits paramètres qui font une harmonie et la faisabilité d’une réussite. Au terme de ce retour dans le Roi du pétrole, même si le principe d’évolution avec "prise de vues" se distingue d’une réalisation traditionnelle, la voie présente une charge plus conséquente sur sa longueur que ce qu’elle m’était apparue. Les crux restent les mêmes et leur réussite tient à peu de chose, de l’ordre d’une bonne fermeture, un poil de gainage, un peu moins de surcharge par préhension. Quant à la lecture en temps réel de chaque section, un entraînement basé sur un fort volume de voies aide à capitaliser le bénéfice des quelques secondes nécessaires à la décision. Je sais donc pouvoir disposer d’un confort d’entraînement fait de la conjugaison de tous ces petits plus qui distinguent une réalisation sortant des standards.

Pic St Loup, les imbécilités pitoyables

Je précisais " une aventure à rebondissements très enrichissante "... A chacun donc de s'accrocher aux vertiges de sa taupinière. J'ai fait le choix il y a 3ans, par mon blog, d'exprimer ma passion du terrain, peut-être médiocrement pour les uns, peut-être plus utilement et élégamment pour d'autres, en essayant d'apporter un témoignage pratique, tant par le détail d'une voie, que globalement au bénéfice d'un site. Cette décision personnelle est une forme de partage pour tout l'accompagnement qui m'est offert. C'est aussi l'expression de ma responsabilité. J'ai quitté 8a.nu parce que je ne supportais plus d'être un sapin de noël permanent. Ce n'est pas ainsi que je me représente ma grimpe. Pour moi une performance, ou sa difficulté, est ce qu'on se la représente à titre personnel. A ce jour, au meilleur de moi-même, la mienne n'est pas plus méritante que celle du débutant qui évolue du 5c au 6a. Au delà des gestuelles époustouflantes que je croise dans une à deux voies rarissimes par an, je m'applique à ne privilégier que la manière, et la cote n'a pas d'autre importance que la qualité de l'expérience qu'elle m'apporte, me permettant de me connaitre différemment.

Je choisi donc de limiter cette information à mon seul blog, ainsi chacune des élucubrations permises par les dérives du web se réduit à la seule responsabilité de leurs auteurs. Certaines dérives n'augurent pas d'une simple impolitesse de forum, ou d'une maladresse rédactionnelle par omission ou rustinage inconséquent... elles ne relèvent tout simplement pas d'une grande personnalité pour les premiers. Je n'ai pas la prétention d'avoir un rôle à jouer dans notre petite discipline de l'inutile, mais il m'arrive parfois de grimper, et parfois de me donner les moyens de le faire comme une morte de faim... et j'en suis arrivée là, à évoluer moi aussi sur des taupinières. Celles que je m'offre le luxe de choisir me font bien triper. A chacun la sienne sans se prendre trop au sérieux.

... et donc le Roi du pétrole au Pic Saint-Loup aura été pour moi une de ces voies rarissimes, qui m'aura bien fait triper. Je suis très fière d'y avoir mis la manière de mon empreinte. Pour les pros en expertises expertes, vous me trouverez encore longtemps sur cette nature de terrain. Il peut même arriver que dans le vent, sous la pluie ou la neige, ou sous le cagnard, à des heures indues, ou sur des falaises où personne n'est supposé aller, vous y croisiez des grimpeurs et équipeurs, copains de passage, des Martina, Nina, Daïla, et des Nico et Ben, d'autres nico, des Pierrot, Sylvain, Thom, Mathieu, Antonin, Sébastien, Christophe, Bruno, Fédric, Yann, Didier, Jérôme, Olivier, Fabien, François, Philipe, Kevin, Geoffrey, Gauthier, Gabriel, Charles, pour ne citer qu'eux, et tant d'autres que je ne croise qu'une fois, de ceux qui choisissent de sortir des standards et se sortent les doigts... du nez.

Meilleures réalisations en falaise :

Je réalise en 2010 :

  • 41 voies 8a et plus
  • 9 voies 8b dont 4 à vue
  • 4 voies 8b+ dont 1 à vue
  • 6 voies 8c dont 1 à vue

Intégrant Octobre et Toussaint 2009 dans l’échéance de saison, Il faut y rajouter 6 réalisations singulières :

  • 2 voies 8c+ (2 first ascent au Verdon et en Bourgogne, confirmées 8c+)
  • 2 voies 8b+ à vue (Verdon)
  • 2 voies 8b à vue (Verdon)

Six de ces voies intègrent mon Best-of :

  • Pull-Over, à la grotte de Galetas (confirmée 8c+ hard par Adam Ondra)
  • Le roi du pétrole, au Pic St Loup (proposée 8c+ par Dave Graham , confirmée 8c depuis)
  • Tenessee, dans les Gorges du Tarn
  • La génèse, et la mémoire des mutants, au Pic St Loup
  • Spank the monkey, à Smith Rock (première réalisation féminine)

Objectifs en Trip de terrain... les mêmes qu'en 2008 et 2009

  • Prendre le temps de profiter du contexte de chaque expérience
  • Me gaver d'envie de grimpe

Groupe FFCAM, le Did's band

Je ne suis pas dans un groupe pour "manger à tous les râteliers". Alors dire que j’apprécie le Groupe FFCAM est un peu léger. Chacun des membres de cette famille recomposée occupe une place symbolique et nécessaire à ma passion, car chacun s’inscrit dans une histoire qui cumule des souvenirs d’aventures. Je les apprécie pour tous ces partages de complicité relevant d’un engagement simple et généreux. Chacun d’eux exprime une authenticité sportive et humaine qui se distingue d'une consommation inélégante. Après les Canaries, la Turquie, Kalymnos, la Sardaigne, Oliana et Aiglun, je me sens redevable de reconnaissance, de complicité et d'estime pour toute l'expérience acquise. J'espère en partager autant qu'il m'en est donné.

Le site mythique de Smith Rock dans l’Oregon (USA) m'offre l’opportunité de nous réunir encore et de croiser à nouveau quelques arquées et ronds de jambes. Après une opération du genoux avant les Canaries, puis de l'épaule avant Oliana, j'arrive cette fois-ci en Oregon chargée aux antibios pour une angine carabinée. Heureusement je me rattrape un petit peu en deuxième semaine.

photos de Fred Labreveux

Les réalisations diverses du groupe ne sont pas un exercice comptable, mais réunissant quelques-uns des grimpeurs français les plus expérimentés, il va de soi que les cotes tombent en nombre dans un bon niveau. Je m’offre six voies dans le 8 dont Spank the monkey 8b sur le monolithe de "Monkey face". le premier réalisateur de la ligne, Tommy Caldwell, en a fait une description sur le topo à faire claquer des genoux, mais il est des lignes qui ne demande que de se laisser porter par leur attractivité outrancière. C'est la caricature de ligne qui porte mon unique raison de parcourir le caillou. Je lui affecte une mention spéciale pour la classe d’un équipement laissant bien grimper et la nature de sa gestuelle sur le fil d’une proue sinueuse encore plus sublissime que la singulière Tète de gondole au Boffi, ou la rotondité de Tennessee dans le Tarn. Cette proue parfaite sépare les faces Est et Nord d'un monolithe. Je réalise la première féminine et la sors en 1essai. En cela, je pense avoir des raisons d’être très satisfaite d’avoir employé cette manière et cet engagement.

L'Estellier, par où passe Bruno

Avec Sebastien, nous nous partageons un cumul de gaz, de croutes, de colo, de dièdre, de gestuelles exigeantes, de diversité technique, et ce Verdon si vertigineux sous les pieds. Les quatre longueurs des Electéraux chocs (en mémoire du pitch électoral de l'année 2002) font de ce secteur et de cette voie un cadeau de la nature et une ouverture de génie... que l'on doit encore à Bruno Clément.

Rando à ski, un plaisir pas si monochrome

Au titre de mes trips de terrain, je ne peux omettre de parler de mon plaisir à pratiquer la rando à ski. Je la préfère itinérante, avec bivouac sur le terrain. Il ne m'était pas paru très raisonnable de décrire ma rando 2009 en Oisans, aux écrins, pour ne pas avoir à évoquer les conditions apocalyptiques de pratique, liées à une météo généreuse par son improbabilité. Une accumulation de 1m50 de neige en à peine 10h conduit à une gestion du milieu échappant aux principes d'une rando sportive ou de loisir. Par section, ce qui peut-être anecdotique devient sérieusement technique, voire assurable, avec l'Arva pour compagnon de vigilance. Disons que mon père et mon frère n'étaient pas de trop pour optimiser nos choix de résolution. Il reste que des parcours contemplatifs en 2h maximum s'éternisant en 6 à 7h, ça laisse de sérieux souvenirs et une expérience qui se veut protectrice.

Ma rando 2010 en Vanoise, fût une des plus réussies. Une première journée d'un vent dément, m'a mise aux limites du déséquilibre de l'oreille interne, complètement saoulée malgré cagoule, bonnet et capuche Gore-tex, ivre à en tomber à l'arrêt. Sur quelques rafales, j'ai douté de pouvoir développer un effort suffisant à contenir ces bousculades. Dans l'isolement de ces assauts rugissants, je me suis même surprise à essayer de modéliser mécaniquement l'instabilité de ces équilibres précaires. Nous profitons de l'accalmie du lendemain pour monter sur la calotte glacière des Dômes de la Vanoise, un vaste faux plat interminable culminant au voisinage des 3500m. Une neige variée mais fournie nous a permis de taguer la pente d'une trace éphémère, le temps d'une descente très agréable. Ces fractions de rando, laissant s'exprimer ma liberté gestuelle, sont toujours trop courtes car d'une certaine façon elles contractent le temps à cette concentration de chaque instant où il me faut adapter l'initiative d'une trace aux variations exigeantes du terrain. Le lendemain, une météo annoncée neigeuse, mais en fait nuancée par des vagues nuageuses, nous a permis un petit détour jusqu'au Col de la Grande Casse.

Cette pratique de terrain a ses arguments sportifs, fait d'une cadence régulée à la montée où chaque appui trouve un équilibre balancé, chaloupé. J'y retrouve ma manière de grimper, économe, jamais violente, toujours placée à ressentir mes transferts. La rando est aussi émotive et esthétique par ses détails. La neige ne se dessine jamais de la même façon. Elle est une matière mouvante que le vent érode en des meringues et volutes aux courbes fluides et continues, toutes plus différentes de leurs suivantes. Elles n'ont de cesse de disparaitre pour se réinventer plus harmonieuses. La neige est aussi élastique lorsqu'elle bascule en s'enroulant à la bordure d'une branche, d'un rocher ou d'un toit d'alpage. Elle est aussi sculptable à souhait pour aménager un igloo dans une congère. Enfin par son changement d'état, cette neige installe notre rituel de ré-hydratation sur la chaleur bleutée du réchaud. En rando, tout peut sembler froid, inerte, monochrome, pourtant la vie occupe une place inattendue en cette solitude glacée, observable par d'innombrables traces animales, allant des griffes d'un mulot téméraire, aux ongles imprimés en profondeur par une harde de chamois, ou encore la ligne de coussins d'une louve solitaire affichant son statut hautain, déterminée à ne pas dévier sa route du seul fait de notre présence. J'aime donc le ski de rando, où à chaque instant, le temps s'arrête et m'isole du monde pour un infime détail.

Bilan 2010

  • Je suis soulagée de n’avoir presque souffert d’aucune blessure.
  • Je suis très fière d’avoir conclu 6 voies, 8b et plus, ' à vue '.
  • Le temps retiendra peut-être la réussite du premier 8c féminin ' à vue ' (Le roi du pétrole, au Pic St Loup), si elle n’est pas décotée comme d’autres l’ont été.
  • J'ai eu la chance de croiser trois lignes de rêve, Le roi du pétrole, Spank the monkey, Tenessee.
  • Je remercie celles et ceux qui m’ont accueillie et permise de diversifier ma pratique sur leur structure, et plus particulièrement Serge (club Vertige) pour sa convivialité jamais départie et... ses cafés réparateurs, entre deux runs bien péchons.
  • J'adresse à chacun de ceux qui me partage leur motivation et leur sympathie, tous mes vœux de réussite pour la saison à venir. Chacun de ces copains-là se reconnaitra pour un jour partagé au pied d'un de ces petits miracles que nous offre la nature. Chacun à sa manière, m'aura construit une détermination encore meilleure.
  • Je remercie également toutes celles et ceux, fidèles par leurs attentions, qui m’accompagnent depuis de nombreuses années, alors que mon choix pour des études engagées, m’a tenue éloignée plus singulièrement ces deux dernières années. Toutes celles et ceux qui me témoignent la pertinence de leur soutien sans m'avoir jamais soumise à la moindre contrainte, ni redevance. Merci donc à Petzl, Beal, EB, Prana et Volx.
  • Je suis également très affectée par la perte d'une rivale en compète et néanmoins falaisiste exceptionnelle, et très émue de savoir un autre ami dans la souffrance de blessures graves.

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