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CaveTrip
ajouté le 14/09/2011

Cave Trip... un voyage profond, presque au centre de la terre... enfin j'ai aimé l'imaginer

La rencontre entre Babar et Phil

D’un côté on a Babar, François Lombard, grimpeur passionné et organisateur du TAB, aux rênes du projet mené par Petzl, et de l’autre on a Phil Bence guide de spéléologie et directeur de l’Explos Film Festival. Au milieu, on a le projet lancé par Petzl : emmener une dizaine de membres du Team dans le Gouffre Berger, une aventure à 1100 mètres sous la Terre.

Printemps 2011, je reçois une invitation pour participer à ce Trip souterrain. Mes pensées sont alors parties dans toutes les directions : l'absence de compet est un handicap en moins, et la spéléo c'est tout noir : " imaginons que je reste coincée et que je deviennes claustro...". Faisant un peu preuve de lucidité, je savais très bien ne pas être claustrophobe, et de toutes façons, vu nos expériences alpines ou en paroi, le risque doit être gérable. Et puis Ced est accro à la spéléo, alors ça doit être vraiment top. En plus avec une dizaine de copains du team tous autant novices que moi dans l’activté, c’est l’occasion rêvée. Allez c’est parti, je fonce.

Début Août, je me suis retrouvée dans le V.Axess de l’entreprise PETZL à Crolles, alors entourée par toute une bande de motivés : Mel, Babar, Tony, Mike, Nina, Jérôme, Marion, Dédé (Mélissa Le Névé, François Lombard, Tony Lamiche, Mike Fuselier, Nina Caprez, Jérôme Meyer, Marion Poitevin, Daniel Dulac). Nous étions alors accompagnés par Phil et sa femme Florence, qui nous ont fait une journée d’initiation sur les manips et situations en spéléo. Après quelques heures de pratique, je me suis rapidement familiarisée avec la spécificité des manipulations, peut-être grâce à la dextérité acquise en grande voie. Cependant j’avoue que j’avais un peu d’appréhension pour la mise en situation grandeur nature : le noir, le froid, l'invisible fond, la combi... ça n’a rien à voir avec les 30 degrés au soleil en short et débardeur.

Du jour J, heure H... au jour J+1, heure H+18

Ce jour là, de nouvelles têtes se sont jointes à nous pour la descente : tous férus de spéléo, Guillaume, Bruno et Serge le maitre des lieux. Au cours de mes périples en falaise, j’ai pu noter que les plus beaux spots s’atteignaient avec de la patience et parfois avec labeur : Sikati, Hotel supramonte, Aiglun, St Guilhem, Hulk... Pour le Berger c’était un peu le même topo : une heure de marche d’approche, avec le sac de matos perso sur le dos, les bottes aux pieds (j’aurais pu m’en passer, mais au moins je ne les portais pas sur le dos). Lors de cette marche, on a croisé quelques autres entrées de trous, qui sont reliées au Berger, et Serge nous arrêtaient régulièrement pour raconter l’importance des recoins qui sont à l’origine de l’histoire du Gouffre, nous mettant alors l’eau à la bouche. L’entrée du trou, bien que discrète si on n'y prend pas garde, se trouve dans une zone de Lapiaz, sur laquelle on a alors entamé la fameuse danse de mise de la combi : vêtements légers, sous combi en polaire, combi, baudrier ( si dur à mettre et inhabituel à porter pour un grimpeur, car avec un pontet très bas), le torse, les chaussettes, les chaussons néoprènes, les bottes, le casque, l’accu dans la combi pour le garder au chaud, les gants, le sac sur le dos. Le compte est bon. A 12h, quand je suis arrivée le nez au dessus de l’entrée du gouffre, j’ai été naïvement surprise de ne rien voir. Forcément, quand on va sous la terre, la lumière disparait vite.

Pour décrire les grandes lignes, voici les magnifiques décors que l’on a croisé :

  • les puits : une grande descente en rappel dans un trou dans lequel tu ne vois pas le fond et avec un rocher environnant extraordinaire. Le moindre grimpeur dirait que ça doit être dément à grimper.
  • les méandres : passage étroit et sinueux dans lequel chacun trouve sa technique pour avancer.
  • les galeries : même avec nos lampes Petzl sur-puissantes, c’était compliqué d’éclairer tout le rocher environnant. Dans des cavités de 50m de haut sur 50m de large, on se sent tout petit. A cet endroit là, j’ai vraiment été ébahie qu’il y ait autant d’espace vide sous la terre.
  • la salle des Treize : grande galerie jonchée de stalactites difformes, et tapissé au sol par des centaines de gours. Magnifique.
  • du rocher blanc-ocre et lisse.
  • des champs de fistuleuses.
  • les Coufinades : elles se décrivent comme dans un canyon, avec une eau magnifique au dessus de laquelle on traverse sur des cordes en place, souvent les pieds dans l’eau, et quelques tyroliennes à passer.
  • le Grand Canyon : une galerie descendante, caricaturale par sa couche de boue au sol.
  • les cascades : assourdissantes et majestueuses, à côtés desquelles on passait en rappel.

L’important en spéléo est de ne pas être à court d’énergie. Simple petit incident embarrassant en extérieur mais qui peut devenir très galère sous terre. Pour parer a ce manque d’énergie, on a heureusement, et à mon grand bonheur, une bonne réserve de nourriture avec nous. Ainsi on s’arrêtait environ toutes les deux heures pour casser la croute, et se retrouver tous ensemble en parlant des moments que l’on vient de vivre.

Arrivés au fond du gouffre, environ 6h après notre entrée, c’est une joie extrême qui nous envahit, car ça y est, on l’a fait, on est à -1100m ! Le passage des derniers siphon n'est pas au programme. Comme je le fais remarqué à Mel, qui tourne trois image pour immortaliser le moment, à ce moment là on est au fond du trou complètement désorientées. Serge prend une magnifique photo de groupe et nous offre des loukoums à la rose pour marquer le coup. Dédé, qui a pris soin de descendre une bonne bouteille de rouge, nous fait passer le verre de l’amitié.

20 minutes plus tard, je me fais la remarque que maintenant, il faut remonter tout ce qu’on vient de parcourir. Ça décourage un peu, mais pas le choix. Une fois le train lancé, ça va beaucoup mieux, c’est agréable de marcher dans ces conditions. Pour le retour, on s’est séparé en groupe de 2-3 personnes, tout simplement pour ne pas attendre et se gêner lors des remontées de cordes, et aussi pour se répartir les kits de cordes et matériels que l’on récupère à la montée. Ces équipement ne restant pas à demeure jusqu'au moindre plaquettes de relais . Merci d’ailleurs à Ced et au club local d’être parti quelques heures avant nous, pour mettre tout ce matériel en place. Nous sommes parties Mel et moi toute les deux comme des grandes dans le wagon du milieu. Parfois nous angoissions d'avoir pris la mauvaise option entre deux possibles, mais nous nous réconfortions de retrouver nos marques. Ces dernières heures furent longues, mais sympa, nous regroupant parfois en petit groupe. On refaisait le monde entre deux remontées de corde et quelques moments de silence total pour le repos. 6h du matin : l’extérieur apparait enfin devant nous et les premiers rayons du soleil pointent leur nez, quel accueil agréable. Après 1h marche de retour,les jambes bien gavées par une nature d'effort peu habituelle, on se retrouve aux voitures, où je m’endors en moins de temps qu’il ne le faut pour le dire.

Là où le mot confiance prend tout son sens

Tout d’abord la confiance au matériel, car quand on n’a pas l’habitude de remonter sur une corde plus fine que la 9.1, ça laisse sceptique un peu au début, et il faut être vigilant à ne pas laisser de frottement sur un caillou. On pourrait aussi se dire qu'une corde restant dans l’eau, ou pour le moins restant mouillée pendant des heures, accélère son vieillissement. En fait les U.V du soleil sont la cause d'altération naturelle la plus significative pour une corde, ne posant donc aucun problème dans l’activité spéléo. Les points d’ancrage, notamment les renvois autour de stalactites stratifiés par nature ou dans des lunules vitreuses peuvent bien nous amener à se faire quelques frayeurs ou nous poser des interrogations de grimpeur, bien légitimes.

J’en viens alors à parler de la confiance au milieu qui nous entoure. Notons par exemple un des derniers puits de la grande série, Phil et Flo nous ont prévenus : « si une crue s’annonce, ça ne pose aucun problème dans le gouffre, sauf dans ce puit, où il faut alors redescendre au plus vite et se diriger dans la grande galerie qui se trouve plus bas… et attendre que ça passe »... en clair aucun danger, juste de la patience, ce qui n’est pas aberrant en spéléo, mais à mon avis on a tous espérer ne pas voir ces gouttes de trop tomber du « ciel » en remontant sur la corde. Relativement à l’ensemble du gouffre, je ne crois pas que l'un quelconque du groupe aurait aimer se prendre une stalactite ou une fistuleuse sur la tête... ou casser les parois d’un gour en marchant le long et se retrouver tout entier dans l’eau.

J’ai pu remarquer que pendant toute la descente, j’ai porté une grande confiance à tout ce que me disaient nos guides, que je ne connaissais pas 2 jours avant. Étant du genre fille solitaire, je me faisais vraiment une joie à chaque fois que je croisais ou rejoignais quelqu’un. Quand on passe presque 6h sans voir personne, à part Mel avec qui j’ai fait toute la remontée, c’est vraiment rassurant et ça réchauffe la combi et l'esprit de voir « âme qui vive ». Je ne peux me passer d’une petite anecdote, avec Mel notre grand truc, c’était d’avoir des doutes sur le chemin. Rien que lors de la marche d’approche, on a eu 10 bonnes minutes d’errances sur le chemin, à se demander si on était au bon endroit, si les autres n’avait pas bifurqué avant, mais en fait nous étions sur la bonne voie. Sous la terre, on a fait un peu la même chose, et à plusieurs reprise ! Ce doit être un truc de gonzesse, à se demander si c’est le tunnel de gauche ou de droite, si c’est cette corde là à remonter... 15 minutes d’attente au même endroit à se poser des questions, en attendant les suivants et puis au final on repartait sur notre lancée.

Au final, et le plus important, j’ai vraiment senti qu’il fallait que je me fasse confiance, notamment pour les manips, car on est seul sur la corde, et je sais d’expérience qu’avec de la fatigue, la vigilance n’est plus à son apogée. Je suis cependant restée dans mes protocoles de vérifications de falaisiste, même si ça me faisait perdre une dizaine de secondes à chaque fois. Après 18h sous le trou, donc bien 21h éveillée, ce n’est pas facile de rester debout et de garder de l’énergie. Durant la marche de retour, avec les kits de cordes en plus sur le dos, je me suis vraiment demandé si il ne fallait pas que je me couche au détour du chemin pour piquer un petit somme car la fatigue était à son comble et chaque pas me semblait une tâche extrême. Merci à Phil et Guillaume qui ont eu la patience de rester à mes côtés.

Avant, pendant, après

Avant, j’imaginais du froid en continu, être mouillée, devoir ramper dans des endroits exigües où il faut rentrer le ventre.

Pendant, je me suis retrouvée sèche tout le temps, sauf aux mains (ce que d’ailleurs je n’aime vraiment pas) et aux corps par transpiration quand on marchait longtemps. De plus, bien qu'au courant que ce n’est pas toujours comme ça, les décors étaient fabuleux, sans jamais le moindre doute de rester coincé.

Après, on a encore l’impression d’y être. La petite sieste de récupération en rentrant au gîte fût particulière : dans mes rêves, je me retrouvais dans le Gouffre, mais dans des situations extrêmes de galères, qui font que je n’ai pas vraiment récupérer durant ces quelques heures de sommeil.

Encore plus tard...

pas même 24h étant passées, j'avais l’envie d’y retourner, malgré un physique bien entamé. Au jour d’aujourd’hui, je suis certaine que je vais refaire de la spéléo, c’est vraiment un truc étonnant, spectaculaire et bien prenant. Je suis fréquement passée d'un imaginaire fantasmagorique à des révélations esthétiques d'ouvrages naturels, tous plus fous les uns que les autres. La nature y est aussi généreuse et improbable que ce qu'elle me donne à parcourir en escalade.

Voilà, l'aventure fût exceptionnelle. Merci à Petzl pour ce très beau challenge, et ce rassemblement encore une fois des plus improbables. Merci aussi à Babar, Phil, et à tous ceux qui nous ont partagé cette passion. Bien qu'étant des gens férus d'outdoor parmi les plus avertis des différentes pratiques de la grimpe, nous n'étions certainement pas très légitimes à nous confronter du jour au lendemain à ce monument. Si le physique, l'engagement et la maîtrise des techniques nous habitent, la dimension nocturne de l'inconnue fait d'une telle entreprise, une aventure hors du commun... que je n'imaginais même pas. La speleo a peut-être ferré là, 9 pratiquants de plus.

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