Du temps où d’autres hommes battaient le caillou
Cette année, j'ai eu la chance lors de mes déplacements en compétition, de tangenter furtivement la Jordanie. Il s’y déroulait une coupe du Monde courant octobre. Une parmi d’autres, mais c'est celle-là m'aura plus marqué… Un jour de break, on a pu se balader dans la ville d'Amman, au milieu des souks, sous le soleil et dans une ambiance parfumée aux épices d’Orient. J'aime beaucoup cette énergie colorée que l'on trouve dans ce pays... et tous ces objets de déco, tous m’étaient inutiles ... et mon porte-monnaie en a pris un coup.
Ce petit intermède touristique passé, la compétition reprend ses droits. Je m’y octroie une place en finale et repars avec une 6ième place, obtenue sur des voies plutôt techniques. Ça m’a fait plaisir, car c'est de plus en plus rare d’être confrontée à des gestuelles finement techniques. Elles ne sont pas moins physiques, mais elles nécessitent plus de placement et de réflexion pour optimiser les préhensions.
Nous n’avons pas pu profiter de la Mer Morte ou du désert du Wadi Rum, mais notre logistique de voyage nous a permis de disposer d’un peu de temps pour nous détourner par... Petra. Après 3heures de route, nous sommes arrivés sur les lieux. Coté rencontres, outre les centaines de personnes que nous croisons sur ce site, nos tronches de touristes inspirèrent suffisamment les mômes qui nous alpaguent pour nous refourguer tout et n’importe quoi, de la tête du sphinx, au fouet d’Indiana Jones.
Ce jour fut court, le caillou interminable
Je me suis laissée absorbée par la charge d’imaginaire que porte le moindre symbole historique, inscrit dans la pierre. C'est vraiment un endroit incroyable. Au milieu de canyons et vallées encaissées, d'anciennes civilisations ont creusé un immense gruyère ou le moindre trou est l’entrée d’autant de mausolées et temples. Il m'a plu d'imaginer la vie là-bas il y a des siècles. Que représentait la démesure de ce travail extérieur, alors que l’habitat intérieur est des plus simplistes. Je suis impressionnée par tant d’ouvrage, et ce d’autant que les outils de l’époque pour creuser à ce point le rocher ne devaient pas être très sophistiqués ou opérants, et qu’une vie de tailleur de pierre ne devait pas être bien longue. Je n'ai pas assez de mots suffisamment descriptifs pour raconter toute la splendeur de cet endroit, mais une chose est sure : c'est un site qui porte des magies et mérite une halte, d'autant qu'on peut vraiment accéder à tout, sans barrière ni interdiction. Nous ne disposions que d’une seule journée de transit, mais ce petit détour me parait maintenant inévitable. Je me dis qu’avec nos perforateurs et mèches de 14, nous sommes vraiment des branquignoles de service, lorsque nous nous plaignons d’un trou qui résiste.
Mon émotivité de falaisiste reprenant le dessus, je me suis sentie envahie dans un premier temps par un énorme regret : que ce site soit classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, car il y a un potentiel d'ouverture de dingue ! Probablement des milliers de voies qui n’attendent que nos reptations ! Je n'avais jamais imaginé une telle profusion. Pour arriver au premier temple, le plus connu, il faut marcher environ 20 minutes dans un canyon dont le rocher est juste unique. Il est parfois hyper sculpté sur toute sa hauteur, avec des couleurs très variées et parfois il se présente comme un mur lisse avec des lignes parfaites de réglettes ou trous. Si on rajoute que les lignes pourraient atteindre les 100m, je me prends à rêver de très grandes longueurs, comme il me plait de les voyager.
Mon imaginaire s’est juste perdu le temps de passer les fameuses colonnes du temple. Taillé au cœur de la falaise, l’intérieur de l'ouvrage révèle une simple salle cubique sans distinction d’ornement, sans alcôve ni méandre secret. Je me suis demandé ce que pouvait avoir de si sacrée, ou simplement fonctionnelle, une aussi simpliste architecture intérieure, avec un aussi haut plafond. En ressortant et revenant aux brouhahas de la plèbe du 21ième siècle que nous constituons, je me dis que c’est peut-être bien que l’Unesco ait classé ce défilé, car je n’ai pu aussi m’empêcher d’imaginer l'amalgame des vociférations polyphoniques des grimpeurs de tous poils...tous très exaspérés de leurs ratés, pour une zippe, pour une cupule qui s’est rétrécie, ou pour rien du tout. Ce haut lieu est finalement bien sans nos humeurs de prédateur hormonés.
Je n’y ai pas vu non plus Indiana Jones.
Je dois ces quelques photos à la collaboration de Got Supper, momo Desgranges, et coco Legoff.












